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Les retraductions tendent à se présenter comme un acte révolutionnaire : elles visent à rompre avec la tradition des traductions précédentes, que les nouveaux traducteurs dénoncent dans leurs paratextes. Les retraducteurs aspirent en effet à faire table rase du passé pour établir un nouvel état, plus juste, de la réception de l’œuvre. Toutefois, la publication des retraductions ne s’accompagne pas systématiquement du bouleversement escompté dans la réception de l’œuvre. Dès lors, la retraduction s’apparente à une révolution sans conséquences politiques, demeurée lettre morte. Pourtant, la révolution qu’opère les retraductions ne s’assimile pas seulement au renversement de l’ordre établi, mais paraît également s’incarner dans la notion cyclique de retour à l’œuvre originale. La rupture que consomment les retraductions vise bien à renouer avec le texte source. Les premières traductions sont accusées, dans les paratextes de leurs héritières, de « parodier les anciennes » et d’ « évoquer de nouveau [le] spectre » de l’œuvre originale, tandis que les auteurs des retraductions prétendent en « retrouver l’esprit[1] ». Pourtant, la révolution la plus à même d’amorcer un tournant dans la réception des œuvres semble, dans certains cas, de nature industrielle – comme en témoigne la révolution des modes de production des livres, de l’illustration à l’apparition des livres de poche. Enfin, si la pensée de la révolution éclaire la réception des retraductions, elle se nourrit à son tour de la métaphore de la traduction qui, loin de se cantonner à un rôle linguistique ou culturel, explique selon Marx la manière dont les révolutionnaires agitent les fantoches du passé ou bien revêt, selon Gramsci, un rôle clé dans la philosophie de la praxis où la théorie trouve sa traduction dans la pratique et l’action.


[1] MARX, Karl, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Paris, Editions sociales, 1969.



Biographie


Franco-canadienne, Amélie Derome est doctorante contractuelle de littérature britannique à Aix Marseille Université. Sa thèse, « Les traductions françaises de Gulliver’s Travels de Jonathan Swift (1727-2017) : entre errances et résonances », est dirigée par Jean Viviès au LERMA depuis 2016. Elle a présenté ses recherches sur la réception des traductions de l’œuvre à Paris-Sorbonne, à l’Université de Lorraine, à Aix-Marseille Université et à Paris-Nanterre. Elle travaille sur un comparateur numérique de traductions dont elle a exposé les premières avancées à Paris-Diderot, à Princeton University et à Boston University. Traductrice de jeunes poètes français contemporains, elle a lancé le séminaire labellisé par la Fédération de recherche CRISIS « Il faut que jeunesse se passe », en partenariat avec la Bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence et de la Fondation Saint-John Perse, sous la forme d’ateliers de traduction.

Amélie Derome, U. d'Aix-Marseille : Les révolutions du traduire, entre ruptures et retours
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