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Caractérisation et modélisation de l’évolution spectrale des étoiles naines blanches chaudes


Cette thèse présente une étude empirique et théorique approfondie de l’évolution spectrale des étoiles naines blanches, avec un accent particulier sur les naines blanches chaudes. La composition atmosphérique (et donc l’apparence spectrale) de ces cadavres stellaires peut changer drastiquement avec le temps à mesure qu’ils se refroidissent. Ce phénomène est généralement interprété comme le résultat d’une compétition entre divers mécanismes de transport des éléments dans l’enveloppe stellaire (tels que la diffusion, la convection, les vents et l’accrétion), mais demeure mal compris à plusieurs égards. Il est impératif de remédier à cette situation pour être en mesure d’exploiter le potentiel immense des naines blanches pour notre compréhension du passé de la Galaxie. 


Pour mieux caractériser l’incidence de l’évolution spectrale, nous effectuons tout d’abord une analyse spectroscopique exhaustive de près de 2000 naines blanches chaudes (Teff ≥ 30,000 K) observées par le relevé SDSS. Nous déterminons les propriétés atmosphériques (notamment la température effective et la composition de surface) de ces objets à l’aide d’un nouvel ensemble de modèles d’atmosphère calculé spécifiquement à cet effet. En examinant la fréquence relative des étoiles riches en hydrogène et riches en hélium en fonction de la température, nous obtenons pour la première fois un portrait empirique détaillé de l’évolution spectrale des naines blanches chaudes. Plus spécifiquement, nous déduisons (1) qu’environ une étoile sur quatre arrive sur la séquence de refroidissement avec une atmosphère d’hélium, et (2) qu’environ deux tiers de ces objets développent ultérieurement une atmosphère d’hydrogène. En outre, nous accordons une attention particulière aux naines blanches hybrides (qui montrent à la fois des traces d’hydrogène et d’hélium) de notre échantillon et à ce que ces objets distinctifs nous apprennent sur l’évolution spectrale. 


Nous étudions ensuite l’évolution spectrale d’un point de vue théorique en modélisant les transformations chimiques qui s’opèrent dans les naines blanches. Pour ce faire, nous utilisons le code d’évolution stellaire STELUM, qui inclut un traitement cohérent et réaliste du transport des éléments et nous permet donc de réaliser les simulations numériques d’évolution spectrale les plus sophistiquées à ce jour. Nous modélisons la diffusion de l’hydrogène résiduel dans une enveloppe d’hélium à haute température, qui mène ultimement à la formation d’une atmosphère d’hydrogène. Nous simulons également le mélange convectif de cette couche superficielle d’hydrogène avec la couche sous-jacente d’hélium à basse température, qui produit à nouveau une surface dominée par l’hélium. En outre, nous étudions le transport du carbone dans les étoiles riches en hélium, incluant à la fois le tri gravitationnel à haute température et le dragage convectif à basse température.


Ces calculs donnent lieu à plusieurs résultats astrophysiques d’intérêt. Nous obtenons notamment une contrainte inédite sur la quantité d’hydrogène résiduel contenue dans les naines blanches chaudes dominées par l’hélium. Nous démontrons aussi que la bifurcation observée dans le diagramme couleur−magnitude des naines blanches découvertes par le satellite Gaia est une signature du processus de mélange convectif à basse température. Par ailleurs, nos modèles fournissent de précieuses informations sur les propriétés des étoiles polluées par le carbone, en particulier sur leur masse et leur zone convective. Enfin, le résultat le plus important de cette thèse est la résolution définitive du problème le plus sérieux de la théorie de l’évolution spectrale, soit le problème de l’origine de l’hydrogène à la surface des naines blanches de type DBA. 

Soutenance de doctorat d'Antoine Bédard